Réseau Bronchiolite Ile de France et COVID 19

Publié le 23 mars 2020

Vous allez probablement être sollicités dans les prochains jours par l’ARS ile de France et/ou L’URPS MK IDF ou les Conseils départementaux de l’Ordre des masseurs kinésithérapeutes des départements Franciliens. Ces instances auront pour objectifs d’identifier les ressources possibles pour l’organisation des soins de ville dans le contexte extraordinaire de la pandémie de COVID 19.

Compte tenu des consignes données par le gouvernement et en regard des prescriptions en termes de confinement l’attitude recommandée est de diminuer au maximum les contacts entre les patients et un praticien libéral afin de limiter la propagation du virus.

Comme vous le savez, le virus atteint particulièrement les voies respiratoires et le contact entre un praticien libéral et un patient est potentiellement dangereux tant pour l’un que pour l’autre. La durée d’incubation moyenne de 5 jours pouvant aller jusqu’à 14 jours et la forte prévalence de porteurs du virus asymptomatiques incitent donc à la plus grande prudence lors de tout contact rapproché. Toutefois, dans certains cas, le professionnel s’avère indispensable et il doit intervenir auprès des patients. Voici les différents cas qui peuvent être rencontrés pour aider à la prise de décision.

Lorsque le patient n’est pas dans une situation de fragilité ou de vulnérabilité pour lesquels l’arrêt de la kinésithérapie risquerait d’entraîner une aggravation majeure voire un recours à l’hospitalisation il semble préférable de privilégier des actions d’accompagnement par l’utilisation des outils de communications vidéo (Face Time, Skype, Zoom, etc.). Ces mêmes outils pouvant être utilisés quand c’est possible pour rassurer informer et surveiller l’évolution du patient.

Dans le cas contraire et en tenant compte de la notion bénéfices/risques et sur avis médical résultant d’une évaluation indiquant que les actes de kinésithérapie soient fait pour éviter hospitalisation à court ou moyen terme. Il en est de même pour les actes de kinésithérapie respiratoire de désencombrement bronchique.

L’intervention d’un kinésithérapeute ne pourrait se justifier qu’à la condition qu’il bénéficie de tous les moyens nécessaires à la réalisation d’une séance de kinésithérapie à domicile et à la protection tant du professionnel que du patient. Il est important de rappeler que pour toute intervention à domicile, les règles d’hygiènes doivent être respectées :

  • Lavage des mains avant et après le soin au moyen de gel hydro alcoolique
  • Surblouse
  • Port de masque FFP2 indispensable
  • Port de lunettes protectrices (notamment en cas de kinésithérapie respiratoire)
  • Port de gants non stériles

Et bientôt surement la possibilité d’être dépisté et de connaître votre statut relatif au fait que vous être peut- être porteur asymptomatique du Virus. Déclaration du Ministre de la Santé « La France doit faire évoluer sa stratégie de dépistage afin de multiplier les tests »

 Pour vous aider vous trouverez ci-après un lien pour accéder à l’avis du collège de la Masso-Kinésithérapie CMK relatif aux recommandations de prise en charge masso-kinésithérapique en ville des patients atteints de Mucoviscidose en contexte pandémique COVID-19.

 

Avis N°2020-02 du CMK: Recommandations de prise en charge masso-kinésithérapique en ville des patients atteints de Mucoviscidose en contexte pandémique COVID-19

 

Soyez assuré de notre soutien dans cette période difficile ou les informations que vous recevez sont souvent peu claires et parfois contradictoires nous sommes en contact avec les différentes institutions professionnelles Franciliennes et nous agissons afin de faire clarifier les messages et évoluer les doctrines en prenant en compte les spécifités de votre exercice libéral dans ce contexte très particulier.

Vous trouverez ci-après le témoignage d’une consœur qui est actuellement confinée strictement car porteuse du Covid 19 suite à une consultation à domicile et qui a réalisé l’accompagnement d’une patiente au domicile en utilisant une connexion vidéo.

« J’ai eu l’opportunité de tester hier ma prise en charge d’une patiente atteinte de BPCO chez qui on soupçonnait fortement une infection au Coronavirus.

Cette patiente âgée d’une cinquantaine d’année est suivie régulièrement et a l’occasion, une fois par an environ, d’être prise en charge en kinésithérapie respiratoire pour exacerbation. Elle connait donc déjà les techniques d’AFE pour les avoir déjà réalisées avec le guidage d’un thérapeute.

Depuis samedi 14 Mars, elle présente une fièvre et un encombrement majoré avec une dyspnée supérieure à la normale. Elle présente également un appétit diminué et une anosmie depuis mercredi 18 Mars.

Elle est sous Foradil et Sérétide en traitement de fond et se plaint de ne pas réussir à bien prendre ses traitements le soir. Elle a été mise sous Pyostacine depuis samedi 14 Mars. La fièvre s’est arrêtée le lundi 12 Mars, avec un épisode fébrile isolé la nuit de Mercredi 14 à jeudi 15.

Elle est assez inquiète quant aux complications éventuelles liées au COVID-19.

Nous commençons la séance en faisant le point de son état actuel et de ses antécédents. Elle décrit une gêne au niveau de l’apex pulmonaire en bilatéral.

Je commence par la faire passer en Face Time en lui expliquant que j’ai besoin de la voir respirer, de voir comment elle positionne ses mains selon mes conseils et d’avoir aussi sa posture globale.

Je la fais balayer les différents volumes afin de localiser son encombrement n’ayant ni retour haptique ni auscultation. Elle tousse très rapidement malgré l’utilisation de faibles débits.

Je lui demande de cracher dans un mouchoir afin de visualiser les sécrétions. Elles semblent épaissies, de couleur vert clair, assez typiques du type de sécrétions qu’on peut trouver chez les patients BPCO.

Je lui explique que lorsqu’elle déglutit ses sécrétions, elle ne risque pas de se réinfecter car cela l’inquiète. J’en profite pour lui redonner des conseils d’hydratation.

Nous reprenons le drainage en travaillant d’abord dans des volumes proches du volume courant. Elle est sécrétante et se désencombre assez efficacement. Je la reprends un peu lorsqu’elle augmente trop ses débits car alors, j’entends un wheezing.

Progressivement, elle descend sur mon guidage dans le VRE et finit par pouvoir travailler dans des volumes plus grands. Je la guide beaucoup sur l’inspiration au départ car elle a un thorax très figé et un enroulement des épaules. Je lui conseille des petits exercices de mobilisation de la cage thoracique à faire un peu tous les jours pour favoriser la ventilation. Sa mobilité costale s’améliore progressivement car je vois sa main thoracique qui bouge mieux sous ses côtes.

Nous arrivons en fin de séance à balayer tous les volumes du VRI au VRE sans qu’elle tousse ce qui me permet de réévaluer son encombrement et de constater qu’elle est moins encombrée, y compris en distal alors qu’elle ne pouvait pas y aller en début de séance.

Je finis la séance par des conseils:

– de surveillance de son état afin qu’elle puisse me resolliciter si nécessaire ou contacter le médecin (encombrement, fièvre, toux, appétit).

– d’organisation de sa prise en charge autonome pour les jours à venir (fréquence des exercices, conditions de bonne réalisation, positionnement dans la journée…etc.)

– de prise de ses traitements inhalés de façon à améliorer l’efficacité de ceux-ci (elle reconnait qu’elle a toujours du mal à les prendre donc nous refaisons le point et je lui conseille l’usage de sa chambre d’inhalation puisqu’elle en a une à disposition)

Je lui propose de refaire le point dimanche car elle sera dans son dernier jour d’antibiothérapie afin de décider de la conduite à tenir.

Je lui précise qu’elle peut toujours me joindre avant si nécessaire, en particulier si elle présente des signes d’aggravation de son état.

Elle a l’air mieux physiquement, respire plus lentement, tousse mois quand elle parle. Elle est également moins angoissée.

L’exercice a été un peu déstabilisant pour moi car l’absence de contact avec la patiente modifie beaucoup mon bilan clinique. On voit apparaitre là l’importance du renseignement haptique. On le remplace en partie par l’auditif mais cela ne fait pas tout.

Le bénéfice que cela a eu l’air d’apporter à la patiente me laisse supposer qu’en des circonstances exceptionnelles, nous sommes capables de nous débrouiller avec des moyens thérapeutiques un peu différents de d’habitude.

Cependant, la patiente connaissait déjà les techniques employées. Le bénéfice semble certain.

Voilà mon compte-rendu de première expérience de télékiné respiratoire… »

 

Prenez soins de vous et de vos proches. Toutes nos pensées vous accompagnent dans cette période difficile personnellement et professionnellement

Le Conseil d’administration du Réseau bronchiolite Ile de France